Homélie du père Nicolas (dimanche 7 juin)

  • Dimanche de tous les saints
    Il est toujours intéressant de regarder l’origine historique des fêtes liturgiques. Celle que nous
    célébrons ce dimanche, la fête de tous les saints, aurait été instituée par l’empereur byzantin
    Léon IV le Sage (886-912). Si ce dernier eut des démêlés avec l’Église notamment en raison
    de ses mariages successifs, il a cependant légué cette fête qui vient clore la période Triode-
    Pentecostaire.
    Léon le Sage n’a pas inventé cette célébration qui est beaucoup plus ancienne. Attestée dès le
    4ème siècle, on en trouve la trace chez saint Jean Chrysostome qui évoque une journée
    consacrée à tous les saints dont le grand nombre ne permet pas d’avoir une commémoration
    personnelle… Après cela, j’ai vu: et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer,
    une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône
    et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient
    d’une voix forte: «Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau!»
    (Ap 7, 9-10)
    Mais revenons à l’empereur Léon. Marié par décision de son père à une femme pieuse,
    profondément croyante, Théophanô Martinakia, il la délaisse au profit de sa maitresse Zoé
    tandis que son épouse se retire dans un monastère pour y mener une vie ascétique qui lui vaut
    l’admiration de ses contemporains. À la mort de son épouse, vers 897, il honore sa mémoire
    en lui construisant une somptueuse église. Ne pouvant la dédier à Théophanô, il décide alors
    de la consacrer à tous les saints de l’univers, unissant ainsi la mémoire de son épouse à celle
    de tous les saints. De cette consécration vient la célébration de tous les saints…
    Mais l’origine historique ne dit pas toute la richesse de cette fête. Son emplacement dans le
    calendrier liturgique est tout aussi intéressant=! Si la tradition occidentale unit la fête des saints
    et la commémoration des fidèles défunts, la tradition orientale place la fête de tous les saints à
    la fin du temps de Pâques, après la Pentecôte. Cette fête est ainsi présentée comme
    l’accomplissement de l’économie divine opérée par la mort et la résurrection du Seigneur. Par
    une vie sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, le disciple accomplit en lui, ce que le Verbe
    Incarné a réalisé en lui-même, parvenant ainsi, unis aux autres croyants, «=à l’unité dans la foi
    et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ
    dans sa plénitude=» (Eph 4, 13). La sainteté est bien le fruit de l’action de l’Esprit Saint en
    l’homme, quand ce dernier le laisse agir en lui, en vivant dans la fidélité à la Parole du
    Seigneur. Notons aussi que la réunion de tous les saints dans une même mémoire, même si ils
    sont par ailleurs commémorés individuellement, souligne l’union de tous dans le Christ, leur
    même participation à la sainteté qui réside dans le Christ.
    En conclusion, je voudrais souligner deux points qui me semblent importants pour nous… La
    sainteté est d’abord un don de Dieu par son Esprit qui infuse en nous la vie divine. Elle est
    collaboration de l’Esprit et de notre liberté qui se laisse embraser dans le feu de l’amour divin.
    Mais ce chemin de sainteté n’est pas un chemin individuel. Je ne peux devenir saint dans un
    total isolement. C’est un chemin communautaire qui ne peut être vécu en dehors de la
    communion avec les autres disciples du Christ parce qu’il est participation à l’unique sainteté
    du Christ.
    Alors prions pour notre communauté : qu’elle soit le lieu où chacun de nous s’épanouit dans
    la sainteté du Seigneur !
    Père Nicolas Courtois.